Boulogne-Billancourt : ville novatrice et source de créativité pendant les Années folles

En juin, nous vous avions raconté les secrets et anecdotes de la fameuse Boulogne-Billancourt. Ce mois-ci, nous la mettons de nouveau à l’honneur en relatant son rayonnement durant la période des Années folles. Prêt.e.s ? En route pour une balade détonante !

 

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Départ : Station n°16037 Molitor – Michel-Ange

Arrivée : Station n°21005 Hôtel de Ville

Durée : 2 heures

 

La piscine Molitor, un plongeon dans la culture

Descendez la rue Molitor et admirez sur votre droite l’hôtel du même nom : il s’y cache un emblème des Années folles… La piscine Molitor représente le dynamisme et la détente, valeurs intrinsèques de l’entre-deux guerres pour occulter les atrocités de ce début du XXe siècle. Inaugurée en 1929, la piscine Molitor devient une partie intégrante du grand complexe sportif comprenant Roland-Garros et le parc des Princes. Les riches Parisiens des quartiers ouest s’y rendaient comme à une station balnéaire pour se baigner, jouer au golf, patiner, faire bronzette et causette. Dès 1931, le gala des artistes s’y déroule chaque année et y apporte une touche culturelle.

Mais diverses problématiques techniques, comme le système de filtration des eaux ou les bétons endommagés par les émanations de chlore depuis 1929, poussent la piscine à fermer ses portes en 1989. Jusqu’en 2014, date de sa réouverture, Molitor devient un endroit où le street-art se développe et de nombreux photographes figent éternellement les réalisations éphémères de ces artistes (Reso, Shaka, Katre ou Nosbé pour n’en citer que quelques-uns).

🚲 Stations Vélib’ n° 16036 Porte Molitor ; 16040 Exelmans Michel Ange

 

La résidence-atelier du Corbusier au 23 rue de la Tourelle

Prenez tout de suite à gauche et descendez ensuite la rue de la Tourelle : bienvenue dans le Quartier des Princes ! Ce dernier tire cette appellation de l’époque de Louis XV. Nobles et bourgeois passaient en ce lieu avant de rejoindre le Bois pour une partie de chasse : les maisons et villas furent ensuite occupées par des nobles russes, après la Révolution de 1917.

Arrêtez-vous devant l’immeuble Molitor qui détonne, avec ses deux façades entièrement vitrées : Le Corbusier en fut l’architecte et l’imagina pour être représentatif de son idéal de “ville radieuse”. Ses habitants profitent d’une lumière vive dans un bâti sobre, aux matériaux industriels et standardisés, évoquant l’âge d’or de l’automobile et de l’aviation… Deux secteurs porteurs pour la ville de Boulogne-Billancourt. L’immeuble compte une quinzaine de logements sur huit étages – Le Corbusier lui-même y vécut jusqu’à la fin de sa vie. Occupant les septième et huitième étage, il s’était aménagé une résidence-atelier de la bagatelle de 240 mètres carrés dans laquelle il recevait les grands architectes de son époque et peignait sur le toit-terrasse la nuit. Il y accueillait et exposait également des artistes et des marchands d’art comme Louis Carré, spécialisé dans l’art primitif.

🚲 Station Vélib’ n° 16044 Porte de Saint Cloud – Parc des Princes

 

Un village d’artistes modernes au 21 et 25 rue du Belvédère

Admirez les hauts immeubles de la rue de la Tourelle, typiques des innovations des années 30. Les pommes de pin au 24 ajoutent une touche bucolique ! Tournez sur votre droite rue du Belvédère. Véritable havre de paix, elle étonne avec son style industriel, angulaire, sobre et son côté rue de village. Au n°9, une résidence-atelier, occupée par le sculpteur Froriep de Salis, est construite par André Lurçat. Cet architecte est connu pour sa planification de la reconstruction de Maubeuge. Boulogne, entre les ouvriers des bords de Seine et le quartier des Princes bourgeois, était probablement un formidable terrain de jeu pour les idées à la fois modernes et communistes de l’architecte. La maison reste ainsi simple, sobre et utilitaire.

Admirez, du n° 6 au n° 12, ses voisines d’en face, construites une dizaine d’années plus tard, en 1935. Signées de Jean Hillard, ces cinq villas nous propulsent presque en pleine bourgade anglaise.

C’est dans cette ambiance, entre modernité et campagne, que Dora Gordine, sculptrice russo-estonnienne connue sous le sobriquet de Gordina, s’installe au n°21 en 1929. Elle commande cette résidence-atelier, construite en béton armé, aux frères Auguste et Gustave Perret : l’atelier court sur toute la longueur du bâtiment au premier étage. Elle y créera certains de ses célèbres bronzes, avant de s’envoler pour Singapour et Londres.

Sa voisine, au n°25, est non moins célèbre : il s’agit de Marguerite Huré, artiste peintre et vitrailliste française, connue pour être l’introductrice de l’abstraction dans le domaine du vitrail religieux. Elle y explique dans Les Dimanches de la femme son choix d’être vitrailliste : “J’ai sculpté trois ans aux Beaux-arts, mais je me suis tournée vers le vitrail, parce que c’est l’art le plus complet, à la fois science et divination, technique savante et poésie. Dans les cathédrales, le vitrail n’a-t-il pas autant de place que la sculpture ?”. Rare personnalité féminine renommée dans un milieu masculin, elle arborait une salopette et fumait la pipe, accentuant un peu plus son personnage… Et sa légende !

🚲 Station Vélib’ n° 21008 Victor Hugo – Galliéni

 

L’atelier Joseph Bernard au 24 avenue Robert Schuman

Descendez la rue du Pavillon sur votre gauche puis prenez la première à droite, jusqu’au 24 avenue Robert Schuman. Cachée derrière la verdure, vous ne pourrez qu’entrevoir la résidence de Joseph Bernard. Le sculpteur et dessinateur demande en 1921 à Charles Plumet, architecte en chef de l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925, d’ajouter un atelier à cette demeure du siècle passé. Comme Le Corbusier, le sculpteur s’attache au dynamisme de Boulogne-Billancourt jusqu’à la fin de sa vie en 1931 et la ville le lui rend bien : sa période boulonnaise est considérée comme la plus faste. Considéré comme une des têtes de file du mouvement de taille directe, il est reconnu au même titre que Maillol.

Au 14 rue Max Blondat, non loin de là, vivait un autre sculpteur : Paul Landowski, connu notamment pour le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro.

 

La Bibliothèque Paul Marmottan, dédiée au Premier Empire au 7 place Denfert-Rochereau

Prenez la rue Salomon Reinach sur votre gauche et arrivez ensuite sur la place Denfert-Rochereau ! Admirez la bibliothèque Paul Marmottan, partiellement inscrite au titre des monuments historiques depuis 1984. Initialement voué à une carrière moins créative (l’administration, l’industrie ou la politique), Paul Marmottan choisit d’être un collectionneur et un historien de l’art spécialisé dans le Premier Empire. Cette bibliothèque accueille toute personne souhaitant en savoir plus sur la période napoléonienne via les livres, tableaux, gravures, mobiliers entreposés… on peut aussi y profiter du jardin néoclassique d’inspiration italienne.

🚲 Station Vélib’ n° 21002 Denfert – Rochereau

 

Fêtes, spiritisme et Hymne à l’amour au 5 rue Gambetta

Remontez la rue Denfert-Rochereau, bifurquez à gauche sur la rue Claude Monet et prenez ensuite la première à droite sur la rue Gambetta. Arrêtez-vous devant le numéro 5 et laissez-vous surprendre par cet hôtel particulier, construit entre 1928 et 1931. Aux antipodes des architectures du Corbusier, la façade néoclassique avec ses pilastres et son fronton témoigne du style cossu de l’architecte Emilio Terry. La consigne, transmise par le commanditaire et ami de l’architecte, Gilbert des Crances, était simple : de vastes espaces pour recevoir. A la fin des années 1940, cette effervescence de la fête ruinera le dandy qui se verra contraint de s’en séparer. Le lieu tapera dans l’œil d’Edith Piaf : selon Simone Berteaut, l’amie intime de la Môme, cette dernière n’appréciait l’hôtel que pour la taille du salon où un ring pouvait être installé ! Marcel Cerdan, son grand amour, aurait ainsi pu s’y entraîner pour leur permettre de passer plus de temps ensemble, chacun étant accaparé par une carrière prenante. L’hôtel d’une valeur de 19 millions de francs symbolise aussi la réussite et l’ascension sociale de Piaf, chanteuse de rue devenue propriétaire d’un joyau.

Mais Marcel Cerdan meurt en 1949 dans un crash d’avion. Edith Piaf fait venir la veuve et les enfants de Michel Cerdan. Les deux femmes unies dans la douleur réalisent des séances de spiritisme. Folle de douleur, Edith Piaf finira par quitter la maison en 1951 après y avoir composé notamment L’Hymne à l’Amour, en pensant peut-être à l’un de ses amants boulonnais, Toto Gérardin, célèbre champion…de cyclisme !

🚲 Stations Vélib’ n° 21003 Jean Jaurès – Jean Baptiste Clément ; 21030 : Fessart – Château ; 21004 : Jean Jaurès – Reine ; 21006 : Marcelin Berthelot

 

Le Square Léon Blum ou l’Art Déco festif

Remontez la rue Gambetta, longez le rond-point pour prendre la première à droite rue Denfert Rochereau et puis 1ère à droite rue de la Rochefoucauld. A gauche, vous trouverez la rue Bartholdi pour récupérer la rue Escudier. Enfin, tournez à gauche sur la rue d’Aguesseau de laquelle vous trouverez l’entrée sur le Square Léon Blum grâce au passage de Chateaudun.

Cherchez la fontaine d’Eugène Molineau : un faune tente d’y séduire une jeune femme avec sa flûte de Pan. Non loin, la Fontaine du Rire de Paul Moreau-Vauthier représente un joyeux luron riant des passants, le chansonnier Dranem, une des vedettes les plus populaires des cafés concerts. Connu pour ses chansons à l’humour incongru et scabreux, Boris Vian en dira lui-même : “Comment Dranem peut-il avoir le toupet de débiter devant un public hilare les inepties de son répertoire ? La bêtise volontaire poussée à ce point confine au génie.” Le chansonnier décède en 1935 et ses dernières volontés correspondent à l’esprit antidépressif de l’époque : “J’ai toujours fait rigoler mes amis pendant ma vie, je ne veux pas les attrister pendant mes funérailles”.

Mais l’humour partage sa place avec l’art derrière le jardin, au 12 rue de l’ancienne mairie, dans un immeuble de briques rouges : le marchand Daniel-Henry Kahnweiler y organise ses “Dimanches de Boulogne”. Dans ce véritable salon mondain, de 1922 à 1927, se croisent Fernand Léger, Georges Braque, Max Jacob, Tristan Tzara, Erik Satie ou encore Man Ray.

🚲 Stations Vélib’ n° 21023 Ancienne mairie – André Morizet ; 21010 Silly Galliéni

 

Entre le 27 et le 26 avenue André-Morizet – Le centre administratif d’une cité idéale bouillonnante de vie(s)

 Descendez la rue Billancourt et tournez ensuite sur l’avenue André Morizet, dernière étape de notre balade ! Vous vous trouvez désormais devant l’Hôtel de Ville et l’Hôtel des Postes, deux exemples monumentaux de l’avant-gardisme de Boulogne. L’objectif de ces deux bâtiments était de rendre la ville plus vivable tout en lui donnant une identité affirmée.

L’Hôtel des Postes reprend les idées modernes des années 30 mais c’est l’Hôtel de Ville lui-même qui attire l’œil. Le sénateur-maire André Morizet, à l’initiative de sa création, s’inspire de l’hôtel de ville de Shaerbeed, près de Bruxelles et des réalisations de l’architecte Tony Garnier. Celui-ci abandonnera même son projet de mairie à Lyon pour venir travailler sur celle de Boulogne- Billancourt !

La force de l’Hôtel de Ville est de combiner un côté utilitaire entre le bâtiment des services et celui des réceptions mais également un réel style Art Déco. Depuis le 15 janvier 1975, les façades et toitures de l’édifice sont considérées comme des monuments historiques. Nous vous laissons découvrir l’intérieur, cette “usine municipale” que souhaitait voir naître André Morizet au moment de son élaboration…

La station Vélib’ n°21005 Hôtel de Ville accueillera votre destrier à pédales, avant que vous terminiez cette balade par un plongeon au Molitor ou une visite dédiée aux Années 30 à l’Espace Landowski au 28 Avenue André Morizet… Ou bien, sautez sur l’occasion de repartir aussi vite sur les traces de Piaf via une autre balade !

🚲 Stations Vélib’ n° 21005 Hôtel de Ville de Boulogne Billancourt ; 21017 Place Marcel Sembat