Les légendes sombres de Paris

C’est à la nuit tombée que l’histoire secrète et mystérieuse de Paris se dévoile à ceux qui savent où regarder 😉

De la Rive Droite aux berges de la Rive Gauche, nous sommes partis sur la piste des légendes oubliées les plus effrayantes de la capitale : fantômes, cimetières abandonnés, élixir de vie éternelle ou pardon divin, on vous emmène du côté obscur de la ville Lumière !

Départ : Station Alger-Rivoli n°1018

Arrivée : Station Institut de France n°6001

Durée : 2h

 

Le fantôme rouge des Tuileries

Gravure de l’incendie des Tuileries, 1874. Archives nationales © Public domain, via Wikimedia Commons

 

Les fans de SOS fantômes devraient être ravis : à peine le temps de nous échauffer que nous sommes déjà sur les traces d’un fantôme, et pas n’importe lequel, celui qui hantait les couloirs du Palais des Tuileries !

On aime autant vous prévenir, âmes sensibles s’abstenir ! 👻 👻

En effet, la légende veut que le fantôme d’un homme habillé de rouge, appelé sobrement Jean l’Écorcheur, apparaisse aux habitants du palais les nuits qui précédent un malheur.

C’est à l’époque de la célèbre Catherine de Médicis que remonte cette malédiction : Jean dit l’Écorcheur, boucher de son état dans un abattoir (appelé « tuerie » en ce temps-là) proche du Palais, aurait été tué par Neuville, un des espions de la reine. La raison ? Il connaissait un peu trop les secrets de la cour… En rendant son dernier souffle Jean aurait juré qu’on le reverrait.

Depuis, plusieurs locataires célèbres du palais ont affirmé avoir rencontré la silhouette sanglante dans les allées de la demeure royale : Marie-Antoinette ou encore Napoléon Ier pour n’en citer que quelques-uns.

 

Les disparus de la rue Courtalon

© jean louis mazieres on VisualHunt.com / CC BY-NC-SA

 

A peine le temps de reprendre notre souffle rue de Rivoli qu’apparaît l’angle de la rue Courtalon et l’écho de son histoire macabre résonne déjà à nos oreilles.

Tombé dans l’oubli depuis, ce fait divers fit pourtant couler beaucoup d’encre lorsque les disparitions s’enchaînaient en 1684. Il faut dire qu’en l’espace de quelques mois, ce ne sont pas moins de 26 jeunes hommes qui manquèrent à l’appel. La rumeur enfle alors, les parisiens s’inquiètent et demandent justice.

Pour calmer les esprits, le commissaire La Reynie (premier lieutenant-général de police de Paris) charge le policier Lecoq de faire la lumière sur cette affaire. Ce dernier met alors à jour un trafic de corps humains des plus élaborés : une jeune femme se faisant passer pour une princesse à la recherche d’un bon parti attirait des jeunes hommes dans un appartement rue Courtacon où, après leur avoir fait tourner la tête, ses gens la leur coupait tout simplement. Les têtes étaient alors revendues à des étudiants allemands et les corps à des étudiants en médecine. Une histoire qui fait froid dans le dos !

 

Le cimetière des Saints-Innocents

Cimetière des Innocents de Paris, gravure sur bois © Wellcome V0042399

 

A quelques centaines de mètres de là, se trouve la Fontaine des Innocents, au milieu d’un océan de boutiques, restaurants et fastfoods à côté des Halles. A une autre époque les principaux locataires étaient un peu moins animés. Une église se trouvait à cet emplacement, et qui dit église, dit cimetière !

Un cimetière dont l’activité macabre suivait un rythme incessant si bien que les nombreuses inhumations ont fini par saturer la terre qui ne pouvait plus « digérer » les morts. Des ouvriers souffraient alors d’asphyxies lors de travaux dans les caves avoisinantes en raison des gaz méphitiques accumulés. Il faut dire que le cimetière officiait déjà à l’époque des Mérovingiens, si bien que le niveau du sol dépassait de plus de 2m celui des rues avoisinantes. Il faudra attendre l’effondrement des murs de la cave d’un restaurateur en 1780, déversant son flot de macchabées pour que le cimetière soit définitivement fermé et vidé au cours des années suivantes. Ces ossements furent ainsi déversés dans les carrières de Montparnasse et de la Barrière d’Enfer… qui deviendront plus tard, au XIXe siècle, les Catacombes de Denfert-Rochereau.

 

Nicolas Flamel et la pierre philosophale

L’Alchimiste, David Ryckaert III, © Museo del Prado Public domain, via Wikimedia Commons

 

Rendez-vous au 51 rue de Montmorency devant l’illustre demeure d’une des plus mystérieuses personnalités françaises, qui connut un regain de popularité, il y a quelques années, dans les aventures d’un célèbre sorcier anglais… Vous avez deviné ? Le fameux Nicolas Flamel bien entendu !

Ayant vécu aux 14e et 15e siècle, sa renommée est en partie dû à sa large fortune dont l’origine a suscité bien des convoitises et interrogations.

Ecrivain public, la rumeur prétend qu’à la nuit tombée c’était sa caquette d’alchimiste qu’il revêtait : cet art particulièrement célèbre au Moyen âge avait pour but ultime la réalisation d’un élixir de vie éternelle et la création de la pierre philosophale permettant de transformer les métaux en or. La légende raconte que Nicolas Flamel, grâce entres autres, à un livre ancien de formules égyptiennes traduites en latin, ait réussi à transformer la matière grâce à sa pierre philosophale (inspiration de Rowling), mais également à créer l’élixir de vie éternelle…

Vous aussi vous commencez à regretter de ne pas avoir été plus attentif en cours de latin ?

N.B. pour ceux qui aiment l’histoire : construite en 1407, cette maison est considérée comme étant la plus ancienne de Paris connue à ce jour !

 

La sanglante place de Grève

Hôtel de Ville de Paris et la place de grêve sous le règne de Henri IV. D’après le dessin de Claude Chastillon, gravure de Matthäus Merian, Boisseau 1645 © Public domain, via Wikimedia Commons

 

Nous voilà désormais devant la Place de l’Hôtel-de-Ville – Esplanade de la libération, qui, autrefois, était connue sous le nom de Place de Grève, car avant qu’elle ne soit pavée, cette dernière était une grève (nos anciens étaient plus terre à terre !) c’est-à-dire un terrain sablonneux, où les marchandises arrivant par la Seine étaient débarquées.

De part l’activité qui l’animait, c’était l’endroit idéal pour trouver un travail, et c’est ainsi qu’elle devint le lieu de rendez-vous privilégié de tous ceux qui cherchaient un emploi. Étonnant de voir comme l’expression être en grève devenu aujourd’hui faire grève a évolué pour désigner désormais l’inverse : l’arrêt collectif du travail J.

Mais si cette place vibre encore de nos jours au rythme d’animations culturelles diverses et variées (foires, concerts, expos, etc.) les réjouissances étaient autrement plus mortifères à l’époque où le divertissement phare résidait dans les exécutions publiques ! C’est ici que Ravaillac entre autres, fut écartelé jusqu’à ce que mort s’en suive après de longues heures de supplice.

Comme on dit, autres temps, autres mœurs…

 

La légende de l’Eglise Saint Julien-le-Pauvre

Saint-Julien transportant Jésus sur l’eau © Wellcome

 

Traversons désormais l’Ile de la Cité, où notre soif d’anecdotes insolites nous mène aujourd’hui un peu plus loin.

C’est à l’ombre de l’arbre le plus ancien de Paris (un « robinier » de 1601 !) que se trouve l’une des plus anciennes églises de Paris (sa construction fut lancée en même temps que Notre-Dame de Paris mais fut achevée bien plus vite) l’église Saint-Julien-le-Pauvre. Véritable bijou d’architecture médiévale, elle est ainsi nommée en référence à l’hospice qui y attenait, placé sous la protection de saint Julien l’Hospitalier, patron des charpentiers, hôteliers et passeurs.

Mais qui était ce ? Légendaire, son histoire était particulièrement célèbre au Moyen-âge, et avec raison, écoutez un peu… Comme beaucoup de jeunes nobles à son époque, Julien passait le plus clair de son temps à la chasse et, alors qu’il pourchassait un cerf, ce dernier lui prédit qu’un jour, il tuerait son père et sa mère. Voulant fuir ce funeste destin, Julien partit dans un autre royaume pour y refaire sa vie. Alors qu’il était à la chasse, son épouse accueillit ses parents qui n’avaient pas renoncé à le retrouver, et leur offrit de se reposer dans leur chambre. Apercevant un homme et une femme dans son lit, Julien fou de rage, les tua pensant qu’il s’agissait de sa femme et d’un amant, mais lorsque celle-ci revient de la messe, il réalisa son erreur et parti faire pénitence. Il abandonna son château et ses biens pour devenir passeur à côté d’une rivière et accueillir dans sa demeure les pauvres gens. Un soir vint un lépreux, ce dernier était si frigorifié que Julien le veilla toute la nuit et lui offrit son lit pour tenter de le réchauffer. C’est alors que le lépreux se changea en ange qui lui annonça que Dieu lui avait pardonné ses crimes.

Drôle de destin un brin œdipien ?!

 

Le charnier de l’église Saint-Séverin

Gargouille de l’église Saint-Séverin à Paris, © Roman Bonnefoy

 

En remontant vers le Quartier Latin, nous longeons l’église Saint-Séverin et son joli petit jardin bordé de niches gothiques. Ces drôles de « galeries » ne sont pas les vestiges d’un cloître comme on pourrait le croire. Il s’agit en réalité des traces d’un charnier médiéval datant au moins du 15ème siècle (des sépultures ont été retrouvées datant des capétiens). Ces arcades abritaient alors les tombes des riches nobles parisiens, tandis que les moins fortunés étaient enterrés au centre dans une fosse commune.

En plus d’héberger l’une des plus vieilles cloches de Paris (la Macée), le cimetière de l’église de Saint-Séverin fut le théâtre de la première opération chirurgicale de calculs rénaux. Qui fut l’heureux cobaye vous demandez-vous ? Un condamné à mort qui fut gracié à l’issue du succès de l’opération, non sans avoir eu sa part de souffrance : aucune anesthésie n’était pratiquée à l’époque. Un pari risqué mais le jeu en valait la chandelle !

 

Le fauteuil maudit

Pont des arts, Académie française, © Richard Cohen

 

Notre balade touche à sa fin et il est temps désormais de déposer nos vélib’ en station. Mais pas sans partager une dernière anecdote croustillante et ça tombe bien, nous sommes devant l’Académie Française qui paraît-il, souffre d’une terrible malédiction…

Tout commence en 1911 quand Gaston Leroux dans son roman, Le Fauteuil Hanté, invente l’histoire d’un fauteuil de l’Académie française dont la place resterait vacante, faute de trouver un successeur, les prétendants au titre mourant mystérieusement avant d’y parvenir.

Simple imagination débordante d’écrivain ? Pas tout à fait, car le fauteuil n°32 semble furieusement se rapprocher de la description… En effet, plusieurs de ses « Immortels » ont poussé leur dernier soupir dans de bien étranges circonstances. Louis-Simon Auger, le premier, connu une fin tragique, son corps fut retrouvé dans la Seine en 1829, ou encore Robert Aron, mort en 1975, 5 jours seulement avant son intronisation à l’Académie. Son successeur, Maurice Rheims décédé en 2003 devra quant à lui attendre 8 ans pour que celui qui reprenne son flambeau prononce enfin son éloge comme le veut la tradition. Celui qui fut nommé dans un premier temps, Alain Robbe-Grillet n’ayant jamais accepté de siéger à l’Académie, c’est seulement lorsque François Weyergans fut intronisé que justice fut faite.

Ce dernier décédé il y a maintenant un peu plus d’un an, a-t-il mis fin définitivement à la malédiction ? Seul l’avenir nous le dira.