Balade à Vitry-sur-Seine, la ville du street-art

Durée : 1h30
Difficulté : Facile

Que vous soyez passionné.e de street-art ou tout simplement curieux.se, nous vous invitons à découvrir cette balade qui vous changera de vos guides touristiques ordinaires. Elle se déroule à Vitry-sur-Seine.

Nous démarrons de la station Vélib’ n°44002 Paul Vaillant-Couturier – Gare RER, juste à côté de la Gare de Vitry-sur-Seine.
Commençons par quelques rappels historiques. C’est Christian Guémy, alias C215, qui a été à l’initiative de la vague de street-art à Vitry-sur-Seine. En 2009, il y installe son premier atelier ; depuis, ses portraits sont devenus l’iconographie officielle de la ville. Avec ses travaux, C215 a ouvert la voie aux artistes, vitriot.e.s comme du monde entier. Avec ses Vitry-Jams, journées dédiées au street-art, il a permis à des artistes internationaux d’investir la ville et d’y performer librement. (Ndlr – Journées reprises depuis 2014 par l’association Vitry’n urbaine).


Nous enfourchons nos Vélib’ et pédalons sur l’avenue Paul Vaillant Couturier, où les arbres nous offrent un peu d’ombre. Partout, des graffiti et des petits coins colorés bordent les murs des immeubles.
Notre premier arrêt se fait dans un petit jardin au carrefour de l’avenue Jean Jaurès. Nous y découvrons la première œuvre de la balade : un cormoran en noir et blanc.

Le Cormoran de ROA

Sobriété et élégance sont la marque de fabrique de l’auteur. Cet artiste belge, ROA, a construit tout au long de sa carrière un véritable bestiaire qui décore désormais les villes du monde entier. L’artiste a commencé par des rats gigantesques dans un entrepôt abandonné pas loin de Gand ; aujourd’hui, il est exposé dans des galeries de renommée internationale.

ROA est considéré comme un artiste situationniste : ses œuvres sont créées en fonction du contexte et visent à réintroduire la nature dans le milieu urbain et dans les friches abandonnées. Il peint essentiellement avec des brosses et des bombes aérosol.

Nous continuons la balade, et traversons le carrefour, pour arriver sur l’avenue Guy Môquet. Nous sommes maintenant sur la place Jean Martin, et nous nous arrêtons dans une petite cour cachant une galerie à ciel ouvert.

Alain Bernard, C215

Cette place était l’entrée de l’ancien château de Vitry-sur-Seine détruit après la crue de 1910. Ce lieu a été complétement transformé par le street-art. Nous y découvrons des œuvres de C215, mais aussi de TNB – figure phare du street-art au niveau international – ou encore de Tacos, avec son style psychédélique facilement reconnaissable.

Le street-art n’est pas un art figé. Il reste éphémère, toujours lié à l’évolution des espaces qu’il habite. Le mur central de la place va ainsi prochainement être retravaillé par l’association Vitry‘n Urbaine et Ateliers Urbains afin de raconter l’histoire tragique de l’affaire du Petit-Val, meurtre mystérieux de 5 personnes en 1796.

Nous quittons la place Jean Martin pour traverser la place du marché, à côté de l’église Saint-Germain. Dans l’entrée d’un parking souterrain, une œuvre du collectif SWM, acronyme de Save the World from Monotony : les couleurs et les visages grotesques des pirates reflètent effectivement bien le nom de leurs créateurs.

Collectif SWM

Nous traversons toute la place et arrivons maintenant sur l’Avenue Henri Barbusse. A l’entrée de l’Exploradôme nous y observons des portraits de Pierre et Marie Curie réalisés par C215. L’artiste a reproduit un ancien timbre de la Poste et a signé l’œuvre de son vrai nom Christian Guémy, ce qui est inhabituel pour lui et atteste de son attachement personnel à ces deux figures.

Guerrier Bantu, Kouka

Il suffit de tourner la tête pour apercevoir un immense guerrier Bantu couvrant l’intégralité de la façade d’un immeuble. Celui-ci est l’œuvre de l’artiste franco-congolais Kouka.

Kouka commence à peindre ces guerriers en 2008 dans un bâtiment militaire au Gabon, et depuis, ils veillent sur les façades des villes du monde entier, qu’elles soient américaines, australiennes ou encore russes.

Un deuxième guerrier Bantu est représenté sur un autre immeuble de l’avenue. D’ici, il est difficile de ne pas se sentir observé par ces figures imposantes.

Kouka travaille en tracé direct à l’aide d’une nacelle et de rouleaux. Cela peut se deviner par les légères imperfections au niveau des corps. C’est ce que l’on appelle le principe des néomuralistes : faire grand en mettant le moins de temps possible.

En face du deuxième guerrier Bantu, l’œuvre de l’artiste autrichien HNRX : de la chair ingurgitée par des tuyaux. Cette œuvre assez perturbante dénonce la surconsommation et la junkfood.

Nous poursuivons notre périple et arrivons dans un jardin à côté de la rue Audigeois où nous tombons sur une baleine, peinte sur un papier craft de 9 mètres de long réalisé en atelier par le collectif Bobart. Son graphisme japonisant, exécuté au pinceau, est un hymne à la préservation des océans. (Pour l’anecdote : c’est la fille d’un des artistes qui a peint les ondes).

Cette œuvre est l’exemple type du rôle que joue le street-art dans l’espace public. Nous sommes ici, dans un lieu presque abandonné, qui a été reconverti et restitué à ses habitants. Réinvestir l’espace n’est pas simplement une pratique artistique mais un enjeu social et communautaire.

Pas loin de la baleine, les artistes iraniens Isy & Sot ont peint des enfants derrière une grille pour dénoncer l’exploitation du travail des mineurs. Le contraste entre le ciel bleu et le noir et blanc des personnages est impossible à soutenir sans ressentir la douleur de ses enfants.

Nous descendons maintenant la piste cyclable de la rue Audigeois pour aller voir les deux dernières œuvres du parcours.

Edith Piaf, portrait de femme à seins nus,

Zabou et Santiago Hermes

Il s’agit de deux portraits de femmes. Le premier est celui d’Edith Piaf réalisé par Zabou au pochoir. Le deuxième est le portrait d’une femme aux seins nus. Cette seconde œuvre est de Santiago Hermes. Elle représente Cienfuegos, la ville natale de l’artiste cubain.

Nous continuons sur l’avenue Robert Deny en direction de la gare pour reposer nos Vélib’. On s’arrête une dernière fois pour admirer la mosaïque réalisée par l’artiste Dona représentant Marwan Barghouti, prisonnier politique palestinien.

Vitry-sur-Seine n’a pas fini de nous surprendre et pour ceux qui veulent poursuivre la découverte, vous pouvez continuer jusqu’au treizième arrondissement de Paris, en passant par Ivry-sur-Seine. Ou vers Choisy-le-Roi, où d’autres œuvres et d’autres artistes attendent d’être découvert.e.s.

Le street-art est partout, comme un fil polychrome qui relie notre métropole et ses habitants sous le même paysage urbain à la fois fascinant et perturbant.

 

Cosmo Connected, partenaire sécurité

 

Le street-art est un art éphémère, pour cela il est possible que certaines œuvres présentes dans cet article puissent avoir disparu entre temps. C’est la beauté du street-art, un renouvellement perpétuel !